• Une société où le travail tue

    Hier ses collègues ont rendu un dernier hommage à Rémy Louvradoux, cet employé de France Télécom qui s'est immolé par le feu le 26 avril.

    Le direction était absente du cortège, soulignent plusieurs media dont 20mn. Un grand élan de décence, certainement...

    Un cas extrême. Mais pas isolé.
    Pas de responsable ? Pas de coupable ?

    Dernier hommage

    (20mn - photo se S. Ortola)

    La mort brutale et spectaculaire de Rémy Louvradoux remet sous le feu des projecteurs le dramatique problème des conditions de travail, je dirais même des conditions au travail.

    2099-2010 ce sont 23 salariés de France Telecom qui se donnent la mort, "une mode" comme l'a dit si humainement l'ancien dirigeant Didier Lombard. La mort de Rémy intervient 8 mois après la présentation du nouveau contrat social présenté par la direction. Il semble que la nouvelle équipe dirigeante de Stéphane Richard souhaite mettre en place des solutions (article du Parisien 29/04/2001).

    Mais France Telecom-Orange n'est-il pas l'arbre qui cache la forêt ?

    Renaut connut aussi une vague de suicides (et tentatives) qui défraya la chronique. Il est à noter que ces deux entreprises furent des fleurons de l'industrie nationnalisée, privatisées à marche forcée au nom d'une logique libérale. Si la volonté de faire d'une entreprise une source de profit est en soi parfaitement logique, voire normale à notre époque, ce qui l'est beaucoup moins ce sont les conséquences humaines, les conséquences sur le monde du travail.

    Une entreprise, quelle qu'elle soit, doit dégager du profit pour être pérenne et garantir l'outil de travail. Actionnaires et fonds de pension, qui ne sont pas forcément des grands requins en col blanc mais des retraités souhaitant faire fructifier leur rente (donc d'anciens travailleurs) veulent toujours plus de dividendes et qu'importe si la conjoncture n'est pas favorable ! Qu'on se paye sur la bête, le travailleur ! Et si il y a de la casse au passage, qu'importe quand le chèque tombe.

    Des stock-options au prix d'une course de stock-cars et le reste on s'en fout !

    La Poste, Pôle-Emploi, plus discrètement certes, s'inscrivent dans cette "logique". Une amie blogueuse m'a avoué sa détresse profonde, teintée du désespoir noir de ceux que l'on écrase sans que quiconque pense même à les sauver. Et combien d'entreprises encore ? Quand nous exhibons fièrement nos protables-gadgets, avonc nous seulement une pensée pour ce travailleurs qui est mort en Chine ? R.A.F.

    Le Code du Travail, en douce, lentement mais sûrement, a été vidé de sa substance afin que les patrons et les actionnaires puissent faire leur beurre tandis que les conditions de travail virent au lait caillé.

    Notre Naboléon, grand moralisateur du capitalisme où il compte ses amis, en fit des tonnes lors de la crise sur la répartitions des profits. Il y eut bien de l'émotion avant le limogeage du cynique Lombard. A la télé surtout. Mais le petit président du grand capital l'a bien dit : il faut s'adapter et évoluer. Les choses ne peuvent pas continuer comme au XXème siècle. Il a donc réinventé le XIXème siècle, avec son sous-prolétariat (de plus en plus rare), l'exploitation du travailleur, le cynisme des grands maîtres de forges. C'est qu'il faut faire face au dumping social.

    Et nous dans tout ça ? Ben rien...

    Nous avons vu venir, nous avons laissé faire.
    Tous responsables !

    Entre les compromissions des politiques avec le grand capital, les abandons des dirigeants syndicaux que leur carrière semble plus intéresser que les intérêts de tous les travailleurs dont ils ont bradé la défense, et nous qui, pensant en récolter quelques miettes, avons préféré fermer nos yeux et nos oreilles, les reponsabilités sont communes et partagées.

    On s'indigne devant le JT, on oublie à la météo et on met la tête dans le sable le reste du temps. Car on a peur.
    Peur de perdre son emploi (qu'on perdra tôt ou tard), peur de ne plus pouvoir payer le crédit de sa vie hi-tech blingbling du pauvre, peur d'ouvrir sa gueule, même ensemble.

    Ces travailleurs sont morts de leurs conditions de travail mais aussi de notre renoncement et de notre oubli d'un des plus beaux mots de notre langue :

    SOLIDARITÉ !

     

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  • Commentaires

    3
    Dimanche 15 Mai 2011 à 12:48

    Le travail tue...ce n'est malheureusement pas nouveau ! on cru en ce milieu du XXe siècle que les choses changeaient ! On se trompait..On tient à un fil,notre boulot et on s'y accroche telle la tique sur le chien

    Bisous

    2
    Samedi 14 Mai 2011 à 11:52

    Je me suis permis de mettre ton lien dans mes deux espaces afin d'essayer de ne pas rater tes articles. J'aime les gens qui ont des choses à dire, dans le constructif. Merci pour ça !

    1
    Samedi 14 Mai 2011 à 11:46

    Bon Jour,
    Bien triste société dans laquelle nous vivons.
    Non, il ne faut pas se taire devant ce qui se passe, même si bien évidemment la peur de perdre son emploi est bel et bien d'actualité, et pas si facile de retrouver autre chose...
    L'abus de pouvoir est un fléau terrible qui pousse tant de gens à la dépression voir au suicide, c'est terrible !
    Malheureusement, cela n'existe pas que dans le domaine du travail, chaque étape de notre vie est jalonnée de ces gens qui pensent pouvoir agir en toute impunité sans se soucier de là ou ils peuvent pousser d'autres personnes...
    A quand la solidarité réelle retrouvée ? Il me semble que ce mot résonne de manière bien lontaine dans mon esprit, et que peu de gens savent encore le sens de sa véritable signification...
    Belle journée, et merci pour cet article, je reviendrais...

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