Fallait pas l'inviter
Je fais partie de la génération post 68 qui, après que se furent dissipés les gaz lacrymos, reprit le flambeau de nos aînés mais avec une optique un peu mois anar.
A 13 ans (et demi), je prenais mes premiers coups de matraque pour avoir manifester contre la guerre du Vietnam et à moins de 15 ans je défilais pour soutenir Simone Veil qui affrontait la hargne rétrograde et macho d'une Assemblée Nationale hostile à l'IVG.
J'ai été élevée dans mes 4 premières années par mon grand-père maternel dont je n'ai mesuré la modernité qu'à sa disparition.
A l'époque où on jetait des pierres aux "filles-mères", il a soutenu sa fille, ma mère envers et contre tout. Il a toujours détesté qu'on lui dicte sa conduite et appliquait ce principe aux autres.
Il était à l'écoute de mes goûts et désirs (un peu trop car j'était une merdeuse tyranique) et a rapidement compris que les poupées et moi, ça ne marchait pas du tout.
Mon environnement ludique était fait de garage, petites voitures, avions et autres jouets de... garçons.
Si je le souligne c'est que nous commençons notre apprentissage sociétal à travers le jeu.
Aux filles les poupons, les dînettes, les panoplies d'infirmière. Bon entraînement pour les années à venir : les gosses, la vaisselle, les couches et les métiers de fifille !
Puis un peu plus tard, la Barbie barbante envahit la chambre : taille de guêpe, nichon agressif, blonde de préférence et bouche avenante.
Le message, à peine subliminial est clair : femme d'intérieur et bimbo, les deux tu seras ou mauvaise femme on te jugeras.
Aux garçons, les voitures, les panoplies de pompier, les armes : tu seras un homme mon fils !
Ainsi en était-il de l'éducation par le jeu.
Les choses ont-elles changé ?
Rien n'est moins sur.
Si l'évolution technique, forcément symbole de modernité, est passé par là, le clivage fille/garçon reste fortement marqué.
Quand bien même le jeu vidéo a-t-il remplacé le poupon, les thèmes des jeux différent d'un sexe à l'autre : aux filles les simulations domestiques où on aménage la maison, on fait virtuellement les courses, on agrandit virtuellement la famille et on apprend à rester coquette, quand même.
Aux garçons les guerriers, issus de l'heroic fantasy ou de la science fiction, body buildés, musclés et invincibles, qui tirent sur tout ce qui bouge. Ou encore le sport virtuel ou les jeux à thème financier (des fois qu'un trader sommeille en eux).
Si le support diffère, le fond est inchangé. La barrière est toujours là.
Et nombre de parents de ma génération, oublieux des revendications passées, renouent avec les schémas qu'ils condamnaient alors.
Comment espérer une évolution quelconque sur des fondations archaïques ?
(à suivre)