Maman...
Ce mot est synonyme d'apaisement, de douceur, de protection, de souvenirs tendres comme la madeleine de Proust.
Ma madeleine est rance.
Combien de fois ai-je pleuré en murmurant "Maman, s'il te plaît, aide moi".
Juste parler, comme une fille à une mère. Entendre les conseils. Se laisser aller contre elle.
J'ai fouillé dans mes souvenirs pour trouver un souvenir apaisant, un vrai souvenir mère/fille, de ceux qui vous enveloppe comme une nuée de rêve.
Rien. Que dalle.
Mais des images laides, violentes.
Et la culpabilité que je traînerai jusqu'à mon dernier souffle.
Je me rappelle ma génitrice, j'ai perdu ma mère.
Je crois qu'elle avait à peine 19 ans quand elle m'a jetée dans ce monde.
Mes 4 premières années, je les ai passées avec son papa, mon Pépé adoré. Je la voyais de loin en loin. Elle était une idée. Mais elle était si jeune.
Puis en 1963, elle m'emmène avec elle, retour en France pour ses épousailles avec celui qui deviendra mon père légitime. Mon frère naîtra 9 mois plus tard.
Elle décèdera en 1965. Ou fin 64. Je ne sais plus exactement. Et je m'en fous.
Car la seule chose qui me fait mal c'est qu'elle est partie trop top.
Trop bizarrement.
Trop brutalement.
Il ne me reste que des souvenirs moches ou presque : 2 monumentales corrections qui m'envoyèrent dans les décors, elle au lit avec la femme de ménage, puis avec le meilleur ami de mon père. Leur bagarre et ses cris. "Va chercher Mme B. ! Va chercher Madame B." et moi, fillette terrifiée, mains sur les oreilles de mon petit frère, pétrifiée et qui ne bougera pas.
Son cadavre, le lendemain midi, déjà prêt avec ce petit dahlia rose et blanc entre les mains. Son visage froid et violacé. Ce visage mort qu'on me força à embrasser.
Moins d'un an plus tard, je la heurterai sur le palier tandis que je range du linge. Elle porte la robe de grossesse qu'elle avait en attendant mon frère.
Aucun souvenir de câlin.
J'ai oublié sa voix aussi. Rien. Rien.
Juste le manque.
Bonne Fête Maman