Fallait pas l'inviter
Depuis bientôt deux ans de vie à deux, bien des travers de Minuit ont été corrigés dont sa férocité avec ses homologues canins. Corrigés en partie car les traumatismes subis ressurgissent parfois et l'équilibre est encore fragile qui rend toute rencontre avec les autres chiens hasardeuse.
Les promenades se font donc hors des heures de pointe. Tandis que maîtres et chiens dorment encore ou sont scotchés devant leur télé ou bien se nourrissent, Minuit et moi investissons les trottoirs.
La ville est à nous.
Cette tranquilité rend ces instants magiques, privilégiés.
Nous avançons, à son rythme qui est devenu le mien, nous arrêtant souvent car Môssieu Minuit a la truffe inquisitrice. Il sent, renifle, hume le passage des autres chiens. On ne rigole pas avec son territoire ! Là, on s'arrête pour brouter goinfrement le chiendent qui a depuis longtemps remplacé la pelouse.
Nous avançons, tranquilles, lui attentif, moi la musique dans les oreilles mais toujours sur le qui-vive. Entre lui et moi la laisse n'est plus entrave mais cordon ombilical qui transmet les émotions de l'un à l'autre. Chacun dans ses pensées communqiue avec l'autre.
Je lui parle, il écoute. Parfois il revient sur ses pas, frotte sa tête sur ma main ou saute pour faire un bisou puis nous reprenons notre marche. Minuit l'impulsif se fait attentif. Le monde se réduit à nous deux.
Nous nous apaisons mutuellement et cette promenade hygiènique et triviale devient un instant précieux que nous volons à la folie urbaine. Un instant privilégié.