Fallait pas l'inviter
Ma patronne vous l'a dit, quand on s'est connu, j'aurais bouffé tout ce qui bouge.
J'ai une prédilection toute particulière pour les wesh à casquette et baggy et pour les blacks. Je ne vous parle pas des chiens : un à tous les p'tits dèj !
Mon ancienne maîtresse était carrée comme un serpent et genre taillée dans un manche à sucette. Je me prenais pour le juge Dred "La loi, c'est moi!" avec la voix de Stallone. Ah le plaisir de lui faire faire le drapeau à chaque promenade !
Quand elle m'a laissé avec la mamy (en pension... tu parles!), je me suis dit : "C'est tout bon Minuit ! ça va être la fête du slip!".
Collier étrangleur ou pas, j'en ai fait bavé à tout le monde, même à ce grand costaud de Maxou. Alors le p'tit pot à tabac... à ma pogne j'allais le mettre.
Première promenade avec mémère. je la sens tendue, pas à l'aise. hihihi ! je vais bien m'amuser. Bon, priorité pipi, la vessie pleine je ne suis bon à rien.
Hop! c'est parti. Endormir sa méfiance.... et c'est parti !
Je bande mes muscles, mon poitrail plus rott que labrador se gonfle et je tire ! je marre à l'avance ! Mais...hého ! c'est pas du jeu ça !
Non seulement elle ne suis pas mais elle stoppe net, campée sur ses rangers, enroule la laisse et je me retrouve collé à sa cuisse. Je vais pour reprendre mon élan... "Ruhig!" l'ordre claque, me saisit. Le bras est ferme, la laisse ne mollit pas, elle non plus. J'ai vraiment l'air d'un con, tiens !
Bon, rentre dans le jeu Minuit, endors sa méfiance. On redémarre. Je me controle, patient. Quelques mètres et hop ! je tire comme un boeuf et... "Ruhig!". Je suis de nouveau collé à elle.
Houlà ! Son index se tend vers moi, elle me le colle entre les 2 yeux, me fixe avec ses yeux noirs et le "Ruhig' explose à nouveau dans mes oreilles. Je me retrouve assis sur mon cul. Elle me fait peur cette bonne femme ! Pas normal, d'habitude ça marche. Avec elle non ! Et je me retrouve, marchant à son côté, la laisse courte et dès que je fais semblant de repartir, hop... la laisse racourcit encore.
Il ne faudra que 3 jours pour que moi, Minuit, le cador des cadors, je marche au pas.
Tiens... encore un exemple. Avant, "on" traversait quand moi je voulais. L'autre flippait. Eh bien ça aussi, terminé ! Quand j'ai voulu traverser à la parisienne, un "stop" sec m'a cueilli, je suis encore retrouvé sur mon cul. J'ai eu droit à un câlin, un "c'est bien. Bon chien, Minuit.", et un petit bisquit fourré. Et depuis, croyez-le ou non, arrivé au bord du trottoir, je m'assoie tout seul et j'attends le "hop!" qui m'autorise à traverser. Moi... Minuit !
Bon, ça facile. Attends mémère qu'on croise un chien... là, tu vas moins rigoler, tiens.
Ah! ça y est ! je me lance ! Je grogne, aboie, train arrière courbé, tendu au bout de la laisseà moitié debout et je bave, crocs sortis, arc-bouté de tous mes muscles. On va voir si elle va faire le poids.
Merde ! la laisse se raccourcit, je résiste et soudain... sa ranger pousse mes pattes arrière en une balayette... et je me retrouve encore le cul parterre. Et là, j'en prends pour mon grade. Quand elle vous dit "Vilain chien!", les yeux dans les yeux, ça ne rigole pas. Mais je suis pas un pédé moi ! Et je lui montre les crocs, ça va lui apprendre à la gonzesse.
Vlan ! le bout de la laisse arrive, sèche, sur mon arrière-train. Le collier se serre et elle plante ses yeux dans mes yeux. La voix tonne, sèche, mauvaise "vilain chien Minuit. Puni !". On redémarre. Un autre chien... je me prépare. "Vilain chien!". Hé ! j'ai encore rien fait ! La laisse se tend à nouveau, elle ne me quitte pas des yeux.
Bah ! ce sera pour demain !
Mais depuis des mois, elle ne baisse pas sa garde. Je n'ai attaqué que deux fois. Mal m'en à pris ! J'ai été puni : pas un câlin pendant 4 heures ! Alors je fais attention ; parfois ça me reprend, je regarde l'autre chien genre "toi tu vas manger!" mais elle veille. C'est encore dur pour moi mais à part 2 ou 3 chiens qui me cherchent et un braque dominant qui veut se la péter, je progresse.
Pareil avec les gens.
Au début, les résidents avaient les jetons dès qu'on me sortait. Et là, depuis six mois, c'est simple : je suis la star ! Pour moi, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ! Même les blacks je ne cherche plus à les mordre !
Un jour un mec est passé par le balcon. Vous savez quoi ? je lui ai fait la fête et je lui ai apporté mon jouet. Mais j'ai pas compris, c'est la patronne qui a aboyé et failli le mordre !
Vous savez quoi ? je me demande si je ne suis pas en train de virer de bord moi...